SHELLEY McNAMARA & YVONNE FARRELL, architectes
23 février 2010 à 20h30, Salle du Sénéchal
DANS LES PROFONDEURS DE LA CITÉ, LE COMMERCE DES HOMMES.
Les architectures de Shelley Mc Namara et Yvonne Farrel sont étonnamment vigoureuses, revigorantes même. Elles expriment par leurs géométries, pas toujours très cartésiennes, une sorte de puissance tectonique, voir tellurique qui ancrent leurs réalisations dans leur site et dans le temps. Mais loin des mausolées d’autrefois, ou de ces sarcophages anciens ou modernes dont l’intérieur est un espace retranché du monde qui n’entretient plus d’échanges avec lui, leurs volumes sont fracturés, pleins de ce mouvement pétrifié qui caractérise les formations naturelles dont le mouvement jamais n’est achevé — ce pourquoi cette architecture ne nous impose aucune certitude définitive.
Se trouve ainsi renouvelé ce dialogue de l’intérieur et de l’extérieur, dont les modernes ont fait un thème premier jusqu’à dissoudre quelquefois l’intérieur dans l’extérieur. Ici au contraire, la complexité apparente de l’enveloppe semble multiplier les relations d’intériorité et d’extériorité, restaurant cette profondeur des tissus urbains anciens que l’on eut tendance trop souvent à réduire à un jeu dialectique éliminant les entre-deux, les indéterminations, et cette complexité spatiale des lieux intermédiaires qui s’avèrent particulièrement propices à la vie sociale.
Ainsi en est-il de l’école d’économie proposée à Toulouse par Grafton architects sur un site à proximité de St Pierre des Cuisines, la plus ancienne église de la ville. Et l’on peut penser, tant par sa géométrie et sa puissance massive que par l’esprit médiéval dont elle est empreinte, que cette église a inspiré certains des traits essentiel de cet étonnant projet qui inscrit l’université dans la cité, comme un prolongement d’elle-même.
Loin de l’autosuffisance de la belle forme, isolée, hors du temps et de la matière du monde, loin de la souveraine indépendance des volumes platoniciens, bref des idéalités formelles, leur architecture s’ouvre au contraire à l’altérité du monde complexe de la cité. Ses anfractuosités accueillent la vie urbaine et ses bruits comme autant de prolongements de la ville, de rues, de places au sein même de l’architecture qui invitent à la rencontre, à l’échange, bref au commerce des hommes.
Car ce commerce qui fonde les cités fut toujours économique et social à la fois. Peut-être est-ce là, d’une façon quelque peu subliminale et inattendue, une première leçon d’économie que les architectes adressent ainsi aux futurs étudiants de cette discipline qui tend à vouloir s’élever à Toulouse au rang d’une science « dure » : il n’y a d’économie, comme il n‘y a d’architecture, que des relations entre les hommes.
Stéphane Gruet, le 23 février 2010
Shelley Mc Namara & Yvonne Farrel
Yvonne Farrell et Shelley McNamara sont diplômées de l’Ecole d’Architecture de l’Université de Dublin en 1974. Elles ont commencé à y enseigner en 1976.
En 1978, elles ont crée l’agence Grafton Architects.
En 2008, Grafton Architects a reçu le premier prix « World Building of the Year » pour le bâtiment réalisé pour l’Université Luigi Bocconi de Milan, projet qui fut également finaliste pour le Prix de Mies van der Rohe 2008.
Grafton architects vient de gagner le concours pour l’École d’Économie de Toulouse de l’Université de Toulouse 1.
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